Rêve d’empire

Court-métrage
Par Valérie Marinho de Moura

Avril 1976, Amalia, six ans, parle avec les vaches, les crapauds et les revues du Reader’s Digest.
Amalia habite avec sa mère et ses deux soeurs, dans une HLM isolée en pleine campagne. Amalia voue une adoration à sa mère. Pourtant Amalia
n’a pas le droit de fréquenter les autres enfants de la cité.

J’ai grandi dans un monde en guerre se disant menacé
par un grand danger, le communisme. Quelques milliards
de malheurs plus tard, je vis dans un monde en guerre se
disant menacé par un grand danger, l’islamisme. J’ai
l’intime sensation d’avoir fait un mauvais tour de manège,
puis un autre, avec la même queue de Mickey à attraper.
Le monstre ayant troqué sa faucille et son marteau
contre une barbe et une burqa.
Une route de campagne française passée et présente.
Du vert, du bleu, du jaune. Des animaux et de la
végétation. Pas de circulation. Pas de bus ni de gare.
Des bruits d’herbes dans le vent, des gazouillis, des
coassements. Quelques rayons de lumière féérique parce
qu’un enfant passe. Aucun commerce. Des fils à linge
stagnant en dessous de fils électriques qui eux courent
jusqu’à un ailleurs. Trois blocs de béton plantés en guise
de cité HLM. Temps arrêté. Vies superposées. Un road
movie, qui tel un tournez-manège, revient au point de
départ, celui du pays de l’ennemi intérieur.
A quelle occasion un enfant découvre t-il la ségrégation
du monde des adultes ? Que se passe t-il quand cette
ségrégation est portée par le parent aimé et aimant ?
C’est cette histoire que je propose de filmer. Montrer
l’amour inconditionnel qu’un enfant voue à son parent.
Sentir son combat intérieur face aux contradictions de
son parent. Un enfant d’opprimé, dit-on, capte plus tôt
sa condition qu’un enfant d’oppresseur. Mais l’enfant qui
grandit au sein des opprimés et des oppresseurs à la
fois, quand est-ce qu’il comprend la nuance ?
Voir l’ urbanisme du bannissement. Ce juron paysagiste.
Cette ségrégation étatique qui dessine des cités au
milieu de nulle part pour éloigner les vies fragiles. Sentir
les gens qui se méfient les uns des autres alors qu’ils
sont au même niveau social, le plus bas. Toucher le
contrôle des populations et ces fichiers. Ce maillage
invisible, infernal, qui surveille la vie des gens et qui peut
surgir au beau milieu d’une ballade. Boire de la
propagande d’Etat, cette potion funeste du diviser pour
mieux régner. Entendre tout ça avec la musique magique
et dissonante de Dayan Korolic, parce que c’est une
histoire de château hanté. Celui de la Ve République.


mai 2018 - avril 2019
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